Histoire du château de la Groulaie
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UN PEU D’HISTOIRE... L’Origine : La construction du premier château est ordonnée par Alain IV Fergent, duc de Bretagne et comte de Nantes, au tout début du XIIe siècle, vers 1108. La seigneurie de Blain est ensuite donnée en fief au chevalier Guégon, premier seigneur connu. Par le mariage de son descendant, Hervé de Blain , en 1225 avec Constance de Pontchâteau , veuve de Guillaume de Clisson , le domaine de Blain passe entre les mains de cette puissante famille de Bretagne, qui cherche à rivaliser avec la famille ducale elle-même. Ainsi, suite à la révolte du fils de Constance, Olivier Ier de Clisson , dit le Veil, le duc Jean Ier le Roux confisque l’ensemble de ses terres et ordonne le démantèlement de ses châteaux, dont celui de Blain, rasé en 1260. L’Essor : A la mort d’Olivier Ier, en 1262, son fils Olivier II , dit le Jeune, plus diplomate récupère les biens familiaux et obtient l’autorisation de reconstruire et d’agrandir le château. Ainsi, c’est à cette époque que sont élevées la tour du Pont-levis, les deux courtines qui l’encadrent ainsi que la tour des Prisons. A la fin du XIIIème siècle, le château a déjà une ampleur considérable Mais, le petit-fils, Olivier III , comme son grand-père, aime l’aventure et la bataille. Il joue, ainsi que beaucoup de grands féodaux, un jeu de bascule entre ses deux redoutables voisins, la France et l’Angleterre, qui s’intéresse de très près au Duché de Bretagne. Cela lui coûte la vie. Le 2 août 1343, Olivier III de Clisson est condamné pour intelligence avec l’Angleterre et décapité aux halles de Paris, puis sa tête est exposée sur les remparts de Nantes Sa veuve Jeanne de Belleville jure de le venger et reprend la lutte contre le Roi de France. Elle engage une grande partie de sa fortune dans l’armement de trois navires de guerre, afin de pratiquer la piraterie le long des côtes françaises. Elle fait jurer à son jeune fils, Olivier V, le futur Connétable de Clisson, de venger son père et l’envoie à la Cour d’Angleterre. Olivier V combat donc d’abord dans la longue guerre de succession de Bretagne aux côtés des Anglais, pour Jean de Montfort, et contre Charles de Blois soutenu par les Français. Il perd un oeil à la bataille d’Auray, où il est l’adversaire de Du Guesclin , Connétable de France. Mais il va bientôt changer de camp, se retourner contre les anglais, cette fois-ci aux côtés de Du Guesclin, dont il prendra la suite comme Connétable de France en 1380. Il guerroie avec Jeanne d’Arc (comme on peut le voir dans un vitrail de l’église du Gâvre) et fait si bonne besogne qu’il est surnommé « le boucher des Anglois ». C’est à cette époque qu’il fortifie et agrandit le Château de la Groulaie. Il construit la Tour qui porte son nom, dite « du Connétable » et la Tour du Pont-Levis. Il a auparavant, par mesure de précaution, pour ne pas avoir un voisin trop encombrant, détruit le Château du Gâvre, qui vient d’être donné au Capitaine anglais Jean Chandos . Et l’on assure que les pierres tirées du Gâvre furent amenées à Blain pour construire son propre Château. Il meurt en 1407, réconcilié avec le Duc de Bretagne Jean IV, son tombeau est en la basilique de Josselin. L’Apogée : A la mort d’Olivier V, c’est sa fille Béatrix , mariée au Vicomte Alain VIII de Rohan , qui hérite de la seigneurie de Blain. Le château de la Groulais devient donc la possession d’une famille dont l’importance en Bretagne puis en France ne cesse de croître durant les quatre siècles qui suivent Jean II de Rohan est seigneur de Blain de 1462 à 1516. C’est lui qui fait bâtir les nouvelles tours en U, nommées « boulevards », mieux adaptées aux progrès de l’artillerie. En 1510, il y reçoit, avec son épouse Marie de Bretagne, Anne de Bretagne , sa nièce, qui vient leur présenter son époux Louis XII Roi de France. En 1551, René 1er de Rohan a l’honneur d’héberger le Roi de France Henri II avec toute sa cour. Quelques années plus tard, la famille de Rohan étant convertie au protestantisme (1558), sous l’influence de la famille d’ Albret, puis de Marguerite de Navarre, soeur de François 1er , le Château de Blain devient un lieu de réunion pour les calvinistes, et un refuge lors des persécutions. En 1562, Henri 1er de Rohan fait même fermer l’église de Blain et donne asile aux calvinistes expulsés de Nantes. Il bâtit les maisons du village du Pavé, près du château pour les y loger. Vers 1570, un synode se tient à Blain. Son frère René II lui succède. Il est marié à Catherine de Parthenay , femme remarquable par son esprit et sa beauté. On dit que subissant les avances un peu trop pressantes d’ Henri IV , elle lui répondit : « Sire, je ne suis pas assez noble pour être Reine de France, mais trop fière pour être votre maîtresse... ». René II est comme son frère, calviniste fervent. Il meurt à la Rochelle en 1586, en qualité de commandant de la place. Le Duc de Mercoeur , catholique et chef de la Ligue en Bretagne, en profite pour faire occuper le Château de Blain et y laisse une petite garnison car Catherine de Parthenay préfère se réfugier dans le Poitou et se protéger ainsi des raids menés par le duc. Mais, un gentilhomme de la paroisse de Malville, Jean de Montaubant, Seigneur du Goust , descendant des Rohan et bien que catholique, s’empare du château mal défendu. Et voilà Mercoeur qui revient prendre la forteresse, c’est en 1589 . Mille hommes assiègent le château, défendu par une quarantaine d’hommes. En vain. Il essaie alors la ruse et envoie une jeune fille nommée Salmonaie parler secrètement à son frère Henriais, qui est avec Goust dans le château assiégé. Elle a pour mission de décider son frère à ouvrir une poterne. On y fera entrer quelques dizaines de soldats et la place tombera. En récompense Henriais recevra la seigneurie de Malville, celle de Goust... Mais ce dernier est sur ses gardes. Il intercepte la jeune fille, lui fait avouer et la convainc de retourner le stratagème contre les hommes de Mercoeur. La nuit fixée, Henriais, du haut du rempart, envoie une corde et un baston et hisse ainsi à cheval plusieurs gentilshommes. Ils montent au nombre de 67 et sont mis aussitôt au secret... Quant à Salmonaie, il est vraisemblable qu’elle montât elle aussi sur la corde et le baston pour éviter des explications pénibles au Duc de Mercoeur... En 1590/1591 , Mercoeur revient avec cette fois-ci plus de 4.000 soldats espagnols débarqués en Bretagne au secours de la Ligue. Après un siège en règle mené avec une puissante artillerie, la Tour du Moulin s’effondre, détruite par plus de 2.000 coups de canon. La place tombe et la Tour du Moulin ne sera jamais reconstruite. Après la capitulation, les ligueurs français arrivent à leur tour et participent au pillage. Le château renfermait de grandes richesses car les Rohan l’entretenaient « comme pour recevoir un roi »... La forteresse est alors livrée aux flammes, dont seules les tours de l’Horloge, du Connétable et du Pont-levis réchappent. Ce n’est qu’en 1598 que Catherine de Parthenay peut revenir à Blain. Elle est inhumée à côté de son mari René II au « Temple de Blain »... Leur fils Henri II de Rohan (1579 - 1638) est sans conteste le plus célèbre des Rohan et sa vie appartient à l’histoire de France. Petit-fils d’Isabeau d’Albret, il serait devenu Roi de Navarre si son cousin n’avait pas eu d’héritiers directs. Il est fait duc et pair de France par le roi Henri IV , sans doute en reconnaissance de l’engagement protestant marqué par cette famille, ce qui lui donne dès lors une stature nationale. Il épouse en 1603 Marguerite de Béthune, fille de Sully . Lors de l’assassinat d’Henri IV, il devient chef du parti calviniste et est nommé généralissime de tous les Réformés. Il mène alors trois guerres contre Louis XIII entre 1622 et 1629. Mais, après la chute de la Rochelle, il est condamné à mort par Richelieu pour crime de lèse-majesté. Son château doit être démoli. La Paix d’Alais, en 1629, met fin aux affrontements. Il retrouve alors ses biens, son honneur et met son épée au service de Louis XIII. Mais une partie des fortifications est détruite, le château perdant ainsi tout rôle militaire. Le vaste chantier de reconstruction entrepris par Catherine de Parthenay dès 1598 est alors abandonné, et seuls le Logis du roi, la chapelle et les tours du Connétable, de l’Horloge et du Pont-levis sont restaurés. Henri II de Rohan meurt à la suite de ses blessures au lendemain de la bataille de Rheinenfeld et est inhumé dans un magnifique mausolée en l’église St Pierre de Genève. On notera également de lui sa participation active à la fameuse histoire du « Collier de la Reine » plus généralement connue à travers les écrits d’Alexandre Dumas. Voltaire écrivit à son sujet : « Avec tous les talents le ciel l’avait fait naître. Il agit en héros, en sage il écrivit. Il fut même un grand homme en combattant son maître. Et plus grand quand il le servit... » Le Déclin : Le château de Blain devient alors une luxueuse résidence où les Rohan séjournent régulièrement au cours des XVIIe et XVIIIe siècle. On aménage le parc pour la promenade, on transforme une partie des douves en jardin, une orangerie est construite, ainsi qu’une grande pièce d’eau à l’extérieur de l’enceinte principale. La demeure a perdu tout intérêt militaire , les Rohan y habitent peu car ils vivent à la Cour de France. Le dernier Duc, après la disgrâce de toute la famille, à la suite du scandale de l’affaire du Collier de la Reine, qui éclaboussera la Reine Marie-Antoinette, reviendra à Blain. Il est avec son épouse le bienfaiteur du pays. Il établit un bureau de conciliation, ancêtre du conseil des prud’hommes, qui statue en particulier sur les procès. Les conseillers blinois, après chaque séance, sont invités au château, à la table du Duc. Ce n’était pas un petit honneur. Soit par timidité, soit par lenteur, ils n’arrivaient pas à suivre le service abondant des plats. Le repas terminé, ils allaient ordinairement terminer les agapes à la cuisine... En 1645 , Marguerite de Rohan , seule héritière, épouse Henri Chabot , qui est autorisé à reprendre le titre de duc de Rohan, afin d’éviter sa disparition. Le dernier séjour des Rohan-Chabot à Blain date de 1783. En 1791 , le dernier Duc de Blain, Louis-Marie Bretagne part en exil à Nice où il y meurt. Pendant la révolution, le château sert de prison et d’entrepôt. Il faillit même être démoli. Son magnifique « chartrier », le plus important après celui des Ducs de Bretagne, est brûlé, ainsi que la tour de l’horloge. Avec lui disparaît la plus grande partie de l’histoire ancienne de notre pays. Bizeul, dont une rue de Blain porte le nom, historien et archéologue, fils de l’archiviste des Rohan, en sauve une partie, qui se trouve maintenant à la Bibliothèque municipale de Nantes. Sous Napoléon 1er, en 1811 , un grand bal de nuit est donné au château pour fêter la naissance du Roi de Rome et en 1812, il sert de logement aux 400 prisonniers espagnols qui creusèrent une partie du Canal de Nantes à Brest. L’ancienne forteresse est presque à l’état de ruine lorsqu’elle est rachetée, en 1802, par le Baron de Janzé, banquier parisien. Ses héritiers le cèdent en 1880 à Jules Hardy qui le revend douze ans plus tard aux Lareinthy-Tolozan , propriétaires du Château du Pont-Piétin. La tour de l’Horloge est démolie en 1804, l’Orangerie en 1890. La canalisation de l’Isac, dans les années 1830, ampute le parc et entraîne l’assèchement des douves. Il devient en 1914 la propriété de Marie Bonaparte épouse du Prince de Grèce et du Danemark . Le logis du Roi est restructuré, des fenêtres néo-gothiques lui sont ajoutées, ainsi que des cheminées néo-renaissance et une terrasse est construite sur les bases de la tour du Moulin. Mais même si l’esprit médiéval n’est plus respecté, il faut bien avouer qu’à cette époque le château n’a plus que 4 murs et on chasse le lapin dans les ruines !... En 1940 , il est occupé par les Anglais, puis par les Allemands et en 1944 par les Américains et les F.F.I. (Forces Françaises de l’Intérieur). En 1950 , grâce à Monsieur Brétesché , industriel blinois, le château est racheté pare les Frères Saint Jean Baptiste de la Salle, tandis que le parc cet la forêt demeurent en sa propriété. Le château abritera alors un petit noviciat jusqu’en 1968, puis il accueillera des classes de l’école St Laurent jusqu’en 1983. En 1977, la Tour du Pont-Levis, les courtines qui l’encadrent, la Tour du Connétable, la façade sud du Logis du Roi, la Tour de la Prison, les Tours Sud-Est et Sud-Ouest sont classées « Monuments Historiques ». La Municipalité de Blain devient alors propriétaire de ces parties. Le renouveau culturel du château est alors organisé avec la création de l’association Château & Essor Blinois en 1989 , qui y implante un centre de la fresque et un atelier d’imprimerie ancienne. La restauration des parties classées est entreprise à partir des années 1980, avec en particulier l’organisation de chantiers de bénévoles (CHAM) depuis 1991. Aujourd’hui une partie, toujours privée, accueille un restaurant, tandis que la partie communale s’attache à préserver la partie encore médiévale du château. Des expositions y sont organisées, un atelier d’imprimerie ancienne y est également installé. Depuis 2003, l’association Château Essor Blinois organise aussi une décade médiévale qui a pour but de faire redécouvrir notre patrimoine au travers de fête historique, exposition, conférence...
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